Mi juin, un collectif d’artiste a représenté, dans une fresque, les visages de George Floyd et Adama Traoré, deux hommes noirs ayant perdu la vie lors d’un contrôle de police. Sur la peinture murale est inscrit «Contre le racisme et les violences policières». C’est cette phrase qui a suscité la colère et l’indignation chez un syndicat de police ainsi que dans une partie de la classe politique. Le Préfet de Police, cautionné par M. Castaner, a alors donné l’ordre d’effacer la dernière partie de la phrase, niant ainsi l’existence même des violences policières.

Lors d’une séance de question au gouvernement, j’ai souhaité interpellé M. Castaner, alors toujours Ministre de l’Intérieur, sur ce que je considère être contraire à la liberté d’expression :

« Le Préfet de Seine-Saint-Denis a mise en demeure Monsieur le Maire de Stains, d’effacer une partie d’une fresque sur le mur de sa commune, et plus précisément le mot « policières » dans la locution « violences policières ».

Qui est-il pour se constituer en censeur de la création artistique ? Quelle est cette République qui autorise un de ses hauts fonctionnaires à bafouer la liberté d’expression ? On peut, ne pas être d’accord avec le message d’une œuvre artistique, mais nul ne peut s’arroger le droit de l’entraver.

La liberté d’expression est protégée par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et sanctuarisée dans notre constitution.

Si vous acceptez cela Monsieur le Ministre, il vous faudra censurer les textes de Georges Brassens, Renaud, Jacques Prévert et bien d’autres. Aucune démocratie moderne, aucun État de droit digne de ce nom, ne peut engendrer une telle infamie. Seuls les États totalitaires, du passé et du présent, agissent de la sorte. 

Vous ne pouvez pas « être Charlie » et utiliser les grands ciseaux de Madame Anastasie, en même temps !

Déjà, lors de la révolte populaire des gilets jaunes, l’expression de l’indignation des femmes et des hommes qui subissaient votre politique d’exclusion, s’exprimait au travers d’œuvres artistiques. Vous les avez toutes détruites. Qu’auriez-vous préféré à une expression artistique et pacifiste ?

La France, pays des Lumières, reçoit votre outrage comme une violence extrême contre sa liberté.

Quel est votre objectif, Monsieur le Ministre ? Après l’invisibilisation d’une partie de notre population, souhaitez-vous les effacer de notre mémoire collective ? »