De nombreux observateurs internationaux rapportent une situation humanitaire dramatique dans la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie.

Environ 800.000 personnes ont fui les banlieues d’Alep et d’Idlib depuis le mois de décembre 2019. Les 2/3 d’entre eux se réfugient dans des camps, des bâtiments ouverts aux vents, ou dans des constructions de fortune. Près de 300.000 adultes et 500.000 enfants se trouveraient ainsi en très grand danger. Plusieurs sont déjà morts de froid.

Je condamne avec la plus grande fermeté la campagne de bombardement intense menée par l’alliance Russo-syrienne dans cette région d’Idlib, dernier bastion des djihadistes et rebelles, qui échappe encore au contrôle de Damas. Les bombes frappent sans distinction les hommes armés et les civils, détruisent des immeubles entiers, des écoles, des hôpitaux, et même parfois des convois de familles en fuite.

Je condamne aussi, avec la même fermeté, l’attitude du gouvernement turc qui empêche les réfugiés syriens de franchir ses frontières. La Turquie a bâti un mur de béton large de 2m et haut de 3m, sur 564 km de long. Les civils syriens qui fuient les combats sont ainsi pris au piège et se massent à la frontière. Il n’y a pas de mots pour qualifier l’indifférence du Président Erdogan face au drame humain qui se déroule sous ses yeux.

Je condamne enfin, plus durement encore, la complicité de l’Union Européenne dans cette affaire. Il ne fait aujourd’hui aucun doute que l’accord UE-Turquie, qui prévoyait une aide financière de l’UE destinée entre autres à soutenir la Turquie pour l’accueil des réfugiés, a été en partie détournée. Selon les informations révélées par Mediapart et ses partenaires du réseau European Investigative Collaborations (EIC), ce sont au moins 83 millions d’euros de véhicules militaires et d’équipements de surveillance qui ont été fournis à la Turquie afin de traquer les réfugiés.

C’est donc avec l’accord tacite de l’UE que le massacre en cours est en train de se perpétrer aux portes de l’Europe. Nous ne pouvons accepter cette situation. Le Gouvernement Français a le devoir de clarifier sa position. Il doit immédiatement cesser tout soutien militaire à la Turquie et s’employer pour porter secours aux réfugiés.