J’ai attiré l’attention de Mme Muriel Pénicaud sur le scandale de l’attribution de la prime de 1000 euros dans la grande distribution.

Les salariés de la grande distribution ont été particulièrement exposés à la circulation du Covid-19. De ce fait, le gouvernement avait promis en début de confinement une prime de 1000 euros pour récompenser « les héros de seconde ligne », comme annoncé lors du Conseil des Ministres du 1er avril 2020.

Cette somme – importante pour des travailleurs précaires – visait à les inciter à continuer de travailler malgré le risque sanitaire. Cependant, une fois le confinement terminé, l’absence d’une quelconque obligation légale de la part de l’Etat a permis aux groupes de limiter fortement le montant et la portée de cette prime. De ce fait, seule une minorité de salariés a, semble-t-il, pu toucher effectivement 1000 € ou une somme avoisinante. Car les différents groupes de la grande distribution ont tous cherché à instaurer des critères extrêmement restrictifs pour limiter la prime (sauf le groupe Carrefour, l’indécence a pour limite la mort de deux salariés). 

En effet, le conditionnement des aides au temps de présence effective, censé répondre à une logique de valorisation du « travail » et du « mérite », n’est qu’un prétexte. Preuve en est l’existence de nombreux critères particulièrement injustes. D’abord, les salariés en CDD dont le contrat s’arrête avant le 2 juin n’ont pas touché un centime de la prime. Ensuite, les salariés ayant pris des arrêts maladies, des maintiens à domicile (pour garde des enfants) ou des congés payés sont fortement pénalisés. Cette logique comptable conduit donc à des primes revues à la baisse et à de nombreuses inégalités. Elle produit aussi son lot d’absurdités : par exemple, les salariés atteints par le Covid-19 au travail se retrouvent avec une prime dont le montant est encore plus faible. 

Ainsi, alors que la grande distribution bénéficiait pendant la période d’une augmentation de son chiffre d’affaires et de ses ventes – entre 9% et 12% sur le mois d’avril – une grande partie des salariés, qui ont pourtant travaillé dans des conditions et des cadences de travail très dures, ne peuvent même pas compter sur l’octroi d’une prime de 1000 €.

Face à cette situation, M. le député Michel Larive demande à la ministre d’agir urgemment et de remettre en question les conditions actuelles d’attribution de la prime. Il considère qu’il faut rappeler fermement à la grande distribution ce que ces entreprises doivent à l’Etat et à la nation toute entière. Le versement de cette prime ne répond certes pas à une obligation légale. Mais respecter la promesse tenue de récompenser comme il se doit des salariés précaires qui ont fait face à des conditions de travail et à un environnement de travail aussi dégradés relève de l’évidence et de l’obligation morale. Par ailleurs, si la plupart des groupes de la distribution continuent de s’y soustraire, il est du devoir de l’Etat d’imposer son versement. Le gouvernement n’a eu de cesse que d’exprimer par les mots sa gratitude et son soutien aux travailleurs de la grande distribution. Il est désormais temps de joindre les gestes à la parole.